jueves, 1 de marzo de 2018

Alélaide Mukantabana, une survivante du génocide des Tutsi


Alélaïde Mukantabana est rwandaise. Elle est une des rescapés du génocide à l’origine de la mort de plus d’1,5 million de tutsi, en 1994. Au débout de mois, elle est venu témoigner au Pays Basque Nord. Ensuit je reproduis une partie de l’article écrit par Kattin Chilibolost en Mediabask (nº 153, 8 février 2918).

J’ai échappé au génocide des Tutsis”

Adélaide Mukantabana
Paul GOUEZIGOUX
Adélaïde Mukantabana est une survivante du génocide des Tutsi. Né au Butaré, dans le Rwanda, elle a fui le massacre avec deux de ses enfants. Elle habite maintenant à Bègles, d’où elle milite contre l’oubli du génocide du dernier siècle. Dans L’innomable-Agahomamunwa - Un récit du génocide des Tutsi (L’Harmattan), elle relate son histoire. Un livre dans lequel elle n’écrit pas, mais “crie” l’horreur. Celui du massacre de 800 000 tutsis en trois mois selon l’ONU. Ou plus d'1,5 million de personne, d’après le recensement du gouvernement rwandais.
Témoigner du début de l’horreur
[...] Pour Adélaïde, il est difficile de témoigner du génocide. Car “à moins d'être génocidaire, ou qu'on ait participé à sa planification on n’assiste pas à un génocide. On en échappe”. Devant les jeunes, elle revient surtout au moment précédant le mois d'avril 1994. Elle fait part d'une préparation au génocide qui est élaborée de sorte que même les personnes concernées n’y croient pas. “Je peux témoigner, des radios, des journaux qui faisaient appel à tuer les tutsis. Je me rappelle des chansons des extrémistes hutus qui passaient à la radio. Elles étaient tellement entraînantes qu'on se mettait à les chanter ou à les danser”. Elle soulève aussi l’erreur de croire que l’innocence protège de l’assassinat. “Cette idée de se dire ‘non on ne peut pas me tuer, je n'ai rien fait’ qui est probablement la plus terrible”, rappelle Adélaïde.
Ce que je leur dis principalement, c'est de rester vigilant. De ne pas se laisser prendre par des petites remarques du quotidien qui appellent à la haine de l’autre”. Elle vient aussi rappeler que c'est un génocide moderne, “et non un génocide africain”. Publiquement, elle dément la théorie du conflit ethnique. “Quand je fais des rencontres avec des lycéens, je dis que dans aucun conte rwandais on ne retrouve de distinction entre les hutus et les tutsis. Nous parlons la même langue, adorons les mêmes dieux, partageons le même territoire. Mais la mention ethnique est celle qui figure sur la carte d’identité”. Adélaïde dénonce ainsi une manipulation coloniale, que les politiciens extrémistes et hutus ont continué d’alimenter.
L’Etat complice du génocide
Dans une lettre adressée à Emmanuel Macron en septembre dernier, Adélaïde Mukantabana dénonce le soutien français porté au régime raciste d'Habyarimana entre octobre 1990 et décembre 1993 sous couvert de l'opération Noroit. Elle rappelle comment le gouvernement chargé du carnage fut installé au sein de l'ambassade française du Rwanda. Que le 27 avril, au milieu du génocide, des membres du parti d'Habyrama en compagnie du ministre des Affaires étrangères rwandais du moment, avaient été reçus à l'Elysée. Et enfin, elle dénonce “l'Opération Turquoise”, sur laquelle a témoigné Guillaume Ancel. Il était capitaine et son récit montre comment la France est intervenue d'abord pour remettre au pouvoir le gouvernement génocidaire, avant de protéger sa fuite, et enfin de le réarmer dans les camps de “réfugiés” au Zaïre. En 2016, le Mouvement antiraciste européen et 19 parlementaires français dénonçaient à leur tour l’impunité dont bénéficient d’ex-génocidaires présumés. Ils faisaient savoir que la France est le pays qui détient le funeste record du nombre de génocidaires présents sur son territoire. Près de quarante d’entre eux vivraient dans l’hexagone. Adélaïde a elle-même déposé plainte contre un génocidaire qui exerçait comme médecin à l'hôpital de Villeneuve-sur-Lot. Une démarche, qui aujourd'hui, demeure sans suite.
Face au silence...
Cela fait 24 ans, bientôt 25. L'Etat français reste silencieux vis à vis du génocide tutsi. Je voudrais que les jeunes aussi demandent des comptes à leur Etat. Ce, afin qu’ils ne soient pas de simples héritiers de l'histoire macabre” [...]”.


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